“Il prétendait que les livres devaient nous écouter. Qu’on devait pouvoir leur parler. Et qu’ils devaient, parfois, nous tuer.”
— Dame Skrilda, bibliothécaire survivante
L’histoire commence dans la section Interdite-Niveau-Trois-Mais-Si-Tu-Sais-Bien-Lire-Ça-Passe de la bibliothèque du Quartier Sublime.
C’est là qu’un certain Gribalt Pautelèche, érudit insomniaque et amateur de champignons narratifs, rédigea le tout premier livre dont vous êtes le héros de Fiermuraille.
Son titre original ?
Manuscriptum Ludicrus : Tome expérimental à parcours multiples avec conséquences irrémédiables
Peu vendeur.
Mais ce fut le début d’une nouvelle forme de lecture… ou plutôt d’aventure littéraire incontrôlable.
Le principe était simple, du moins selon Gribalt :
Vous commenciez à lire l’histoire.
À la fin de chaque page, plusieurs options s’offraient à vous.
Selon votre choix, vous étiez redirigé vers un autre chapitre, parfois dans une autre langue, parfois dans une autre dimension.
Certaines versions du manuscrit ont été retrouvées avec des pages ensanglantées.
D’autres, avec des annotations en lettres qui n’existent dans aucun alphabet connu.
Et une, avec un mot unique écrit en boucle : RECOMMENCEZ.
Gribalt testa son œuvre sur de jeunes apprentis bibliothécaires.
Sur 12 lecteurs :
4 sont revenus en criant “Je suis la clef !”
3 ont disparu entre les pages 37 et 38
2 ont fondé un culte (Les Lecteurs Transversaux)
1 a gagné, semble-t-il, mais refuse de raconter ce qu’il a lu
2 sont devenus très calmes et ont ouvert une herboristerie
Aujourd’hui, la plupart des érudits considèrent ce Manuscrit aux Cent Destins comme l’ancêtre direct de ce qu’on appelle désormais :
“Un livre dont vous êtes le héros”
À l’époque, aucun éditeur ne voulait le publier. Trop dangereux. Trop incohérent. Trop interactif.
Mais à Fiermuraille, les manuscrits refusés finissent toujours par trouver leurs lecteurs…
On raconte que le Manuscrit original est conservé dans une salle scellée au sous-sol du Théâtre Sublime, protégée par un mot de passe qui change à chaque lecture.
D’autres affirment qu’un exemplaire numérique, reconstitué grâce à un rituel de sauvegarde automatique, serait accessible depuis certaines pages cachées de ce site.
Mais attention :
“Une fois ouvert, le livre vous lit aussi.”
— Dernier avertissement de Gribalt Pautelèche
Aujourd’hui encore, les voyageurs peuvent vivre leurs propres aventures à travers les rues de Fiermuraille.
Chaque quartier, chaque ruelle, chaque taverne peut devenir un chapitre. Chaque choix, une suite possible.
Et si vous entendez une voix chuchoter “Tournez à la page 47”…
Ne paniquez pas. C’est peut-être le jeu.
Ou peut-être pas.
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